INVESTISSEMENT EN PANNE dans la zone euro!

1. L’investissement est une source fondamentale de la croissance économique. Or il est atone dans la zone euro :

INVESTISSEMENT-EUROPE-SUDEvidemment les pays du Sud qui ont subi des politiques d’austérité drastiques pour rétablir leur équilibre budgétaire ont été les premiers touchés.
La baisse des dépenses sociales,  la baisse des salaires et des pensions-retraite ont provoqué une baisse de la demande. Les entreprises ont dû réduire leur production. Il n’était alors plus question pour elles d’investir.  La Grèce, par exemple, a vu son taux d’investissement passer de 26% du PIB en 2007 à 13% en 2013. Soit une perte de 13 points de PIB!!!!

Capture d’écran 2015-02-22 à 17.52.28 Mais l’Allemagne dont l’économie parait solide est aussi en panne d’investissement …Alors que son taux d’investissement s’élevait à 23% du PIB en 2000, il n’est plus que de 19,3% en 2013. Seule la France garde un taux de 22,1% , supérieur à la moyenne de la zone euro!!!
Le seul investissement des entreprises, a chuté de 12,2 % à 10,6 % du PIB de la zone euro entre 2008 et 2012…En effet, pour les entreprises, la décision d’investir dépend des anticipations de la demande et des ressources financières. Ces deux ressorts de la décision d’investir ne sont pas présents actuellement.

2. Ce recul est très inquiétant pour la croissance, mais aussi pour l’avenir de la zone euro: 

 Les infrastructures deviennent obsolètes. Ceci se manifeste particulièrement  en Allemagne où le gouvernement a donné la priorité au retour du budget à l’équilibre sacrifiant les investissements publics.

Un déficit de productivité vis-à-vis des Etats-Unigrandit:
Le « décrochage » de l’Europe en matière de productivité horaire  depuis une dizaine d’années est dû à un ralentissement de la productivité horaire en Europe, et à une accélération aux Etats-Unis. Ceci est en partie provoqué par la panne de l’investissement en Europe . En effet:

investissement-euroland-usaLa modernisation   du capital technique  plus lente ainsi que  la faiblesse de l’investissement de productivité pénalise l’économie européenne,  car, comme le fait remarquer la théorie de «la croissance endogène », le capital technologique joue un rôle de premier plan comme source de croissance. Si cette source est absente, la croissance ne peut être que faible!

Une faiblesse de la recherche/Développement (R/D) accentue le retard:
 Seules la Suède et la Finlande dépensent plus de 3%du PIB en R/D ce qui était l’objectif européen…
Pourquoi ces dépenses de R&D sont plus élevées aux Etats-Unis qu’en Europe?
Ce sont les entreprises nouvelles, celles qui n’existaient pas il y a vingt ans, qui concentrent l’essentiel de  la  recherche: Google, Amazon, Apple, des entreprises du secteur des biotechnologies…Or l’Europe n’a pas ce genre d’entreprises!
Pour quelles raisons l’Europe n’a- t-elle pas su innover autant que les Etats Unis? Pour des raisons financières: manque de « capital risque », pour des raisons d’absence d’environnement stimulant comme la Silicon Valley…Et aussi parce que les européens se sont montrés hésitants et désunis et ont donné la priorité au redressement des comptes publics.

3. Quelle solution? 

Le président de la Commission Européenne,  Jean Claude Juncker, a proposé un plan de 21 milliards d’euros issus du budget européen et de la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Cette dernière  pourrait aussi emprunter pour porter le total à 60 Milliards. L’objectif est de soutenir l’investissement des entreprises qui pourraient alors dépenser jusqu’à 350 milliards sur 3 ans…Espère-t-on…
les textes nécessaires seront adoptés entre juin et novembre 2015..

N’est ce pas bien tard?  Ce plan sera-t-il suffisant ? Les entreprises ont-elles des raisons d’investir si les Etats continuent leur politique d’austérité qui pénalise la demande? Peut-on comparer ce plan de relance à celui du Président Obama qui, en 2009, a dépassé les 800 milliards?

Pour relancer la croissance dans la zone euro, faudra-t-il se contenter de la baisse de l’euro et du prix du pétrole ainsi que des taux d’intérêt extrêmement  bas?
Certains gouvernements proposent que les investissements publics puissent n’être pas pris en compte dans l’équilibre structurel du budget public afin que les Etats puissent relancer l’investissement public sans creuser leurs déficits? mais les européens hésitent…

Il faut agir vite ! Une politique européenne de relance de l’investissement est urgente!

Y A T-IL CONVERGENCE DES ÉCONOMIES DE LA ZONE EURO?

La zone euro avait pour objectif la convergence des économies…

On a vu précédemment dans quel état était la Grèce … Le fossé entre le Nord et le Sud de l’Europe est-il aussi profond en ce qui concerne les autres pays du Sud?

Nous allons reprendre quelques indicateurs conjoncturels pour y voir plus clair…

1. LA PRODUCTION
Si on donne à l’année 2008 (début de la crise) une base 100  voyons quelle est l’état de la production en 2014:

BLOG-TABLEAU-PRODUCTION-SUD

– La Grèce a une production de 25% inférieure (100 – 74,8 = 25,2) à celle de 2008 avant la crise.
– les autres pays du Sud ont une production inférieure de 6,2 à 7,7%
Les pays du Nord ont surmonté la crise: ( + 3,5% et +2%)

Donc l’écart entre le Nord et le Sud  se creuse…

2. LE CHÔMAGE

Là encore, la différence est très nette entre l’Allemagne et les pays du Sud.

blog-tab-ch-sud La Grèce et l’Espagne ont des taux de chômage similaires et insupportables

L’Italie et le Portugal se rapprochent des taux français qui représentent un chômage de masse et demeurent insupportable pour les jeunes

seule l’Allemagne a des taux supportables. Cela s’explique par une meilleure économie, mais aussi par la faiblesse du nombre de jeunes.

 … Là encore, l’écart continue à se creuser…

3. LES PRIX

Les pays en crise s’enfoncent dans la déflation. Une spirale,  un cercle vicieux, qui pousse les entreprises à réduire leurs coûts, donc les salaires, ce qui réduit en retour la demande, donc la production…ce qui génère du chômage…La demande faiblit encore plus, les entreprises font des anticipations pessimistes, baissent leur production, licencient…etc…
En Grèce , la déflation atteint -2,5%, en Espagne -0,5%, au Portugal -0,2%, en Italie -0,1% …La spirale déflationniste est enclenchée.

 … l’écart continue à se creuser…

4. LE COMMERCE EXTÉRIEUR

Les pays en crise ont rééquilibré leurs comptes extérieurs, notamment en abaissant leurs coûts de main-d’oeuvre. Ils ont réussi, l’an dernier a retrouver un excédent de la balance commerciale…mais à quel prix!
Ils ont abaissé le coût de leur main d’oeuvre pour devenir compétitifs.
Le résultat : une demande intérieure qui baisse (donc des importations en baisse) mais pas d’augmentation significative des exportations. En effet, la demande européenne reste faible puisque l’ensemble des pays de la zone euro (principal marché) fait une politique d’austérité!
Les pays en crise ont donc rééquilibré leurs comptes extérieurs en abaissant leurs coûts de main-d’oeuvre, mais faute de demande intérieure, leur production industrielle reste en berne.
contrairement à l’Allemagne qui bat des records d’excédent commercial: 217 milliards d’euros grâce à une augmentation de ses exportations de 3,7%! le « made in Germany » se vend de mieux en mieux !!!!

 l’écart n’arrête pas de à se creuser…

Est-il possible dans ces conditions de garder une seule et même monnaie ?????

QUE FAIT DONC LA BCE ? (1)

Capture d’écran-EUROLa BCE, Banque Centrale Européenne vient de lancer une nouvelle politique monétaire: un « QE » (prononcez qieu hi). QE signifie « quantitative easing » qu’on pourrait traduire par « assouplissement  quantitatif »…..
C’est beaucoup plus poétique que l’ancien « planche à billets« , mais cela signifie exactement la même chose: CRÉATION MONÉTAIRE« ,  et pas qu’un peu…1140 millards d’euros (!!!!!)…dans un premier temps!

1. QUEST CE QU’UN « QE » EXACTEMENT?

Cest un outil de politique économique dit « non conventionnel » qui consiste pour l’institution à injecter massivement des liquidités dans les économies en achetant de grandes quantités de titres.

  • Combien ? Le programme va porter sur 60 milliards par mois jusqu’en septembre 2016, soit une enveloppe globale de 1.140 milliards d’euros au poins car ce QE va continuer jusqu’à ce que l’inflation s’approche de 2%.
  • Quoi ? Essentiellement de la dette souveraine ( dette des Etats) de la zone euro sur le marché secondaire. (c’est à dire pas directement aux Etats)
  • Comment? : En tout, 20% du risque seulement sera supporté par la BCE elle-même, les 80% restant étant partagés par les banques centrales des pays de la zone euro. Chaque banque centrale nationale achètera des titres de son pays et en supportera les risques. Ceci limitera le degré de solidarité comme l’exigeaient les allemands qui ne veulent pas payer pour les autres…

2. POURQUOI  un QE ? 

Pourquoi si tard?
Les craintes allemandes: Le rachat d’obligations d’Etat serait, pensent-ils, une façon de soutenir les mauvais élèves de la zone euro en ne les incitant pas à continuer les  programmes d’austérité et de réformes structurelles. De plus, les Allemands ne redoutent rien tant que l’inflation et une monnaie faible (qui est le but du QE). Ils sont donc plus que réticents!

3. POUR QUELS OBJECTIFS

  • Relancer l’inflation: La BCE met en avant son mandat pour stabiliser l’inflation autour de 2 %.
  • relancer la croissance Le but du QE est évidemment de relancer l’économie européenne. comment?
    • En faisant Baisser de l’euro: En mettant beaucoup de liquidités sur le marché, la valeur de la devise se dévalue. Cela doit permettre d’augmenter la compétitivité de l’industrie européenne en aidant les exportations dont les prix vont baisser.
    • En inondant les banques de liquidités pour qu’elles se décident à augmenter leur offre de crédits à la consommation et à l’investissement (politique de relance).
    • Enfaisant baisser les taux d’intérêt pour augmenter la demande de crédit de la part des ménages (crédit à la consommation) et des entreprises (emprunt pour l’investissement)
    • => Tout ceci devrait augmenter la demande globale et donc la production…donc le PIB c’est à dire la croissance!

Dans un prochain billet nous verrons quelles sont les probabilités de réussite….