LA DETTE GRECQUE…une tragédie ?

TSIPRASAvec la victoire de Syriza aux élections grecques du 25 janvier dernier, les responsables européens sont confrontés pour la première fois à la victoire d’un parti clairement anti-austérité. Un véritable bras de fer va se jouer entre la Troïka (BCE, commission européenne et FMI) et le nouveau gouvernement grec.

POURQUOI ON EST-ON ARRIVÉ LÀ?

Face à l’endettement jugé insupportable de la Grèce, la Troïka accepte de l’aider  à condition qu’elle mette en oeuvre des politiques de « rigueur« :

– baisse des dépenses sociales et  baisse du nombre de fonctionnaires pour   faire diminuer les dépenses de l’Etat
– baisse des salaires pour rendre les produits grecs compétitifs
– privatisations et augmentation des impôts (pour remplir les caisses de l’Etat)

Cette politique  a  provoqué 6 années de récession. 

le PIB a baissé de 25%
– le chômage s’est stabilisé à 26% de la population active (50% pour les jeunes). Seulement 1 chômeur sur 10 touche une allocation en moyenne de 350 euros par mois mais il perd sa couverture santé.
– les salaires ont baissé entre 1/4 et 1/3 …quand ils sont payés! et le SMIC est passé de 751 € à 586€!
– 1/3 des fonctionnaires a été licencié
– les dépenses publiques ont baissé d’1/4, touchant essentiellement les dépenses sociales. En conséquence, 1/4 de la population est sous le seuil de pauvreté et la mortalité infantile a fortement augmenté.
La Grèce a retrouvé un excédent budgétaire primaire (hors remboursement de la dette)…Mais à quel prix!

QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES SUR LE PAIEMENT DE LA DETTE?

Personne évidemment ne peut nier que les dysfonctionnements de l’État ( fiscalité défectueuse, corruption, clientélisme…) et de la société  soient à l’origine des difficultés du pays, mais cette politique d’austérité a appauvri la population au point de faire baisser les recettes fiscales (d’autant plus que les armateurs milliardaires et l’église orthodoxe ne paient aucun impôt!) ainsi que la demande donc la production, donc le PIB. Comment en produisant 25% de richesse en moins, la Grèce peut-elle rembourser une  dette  atteignant 175% du PIB??? De plus, un véritable cercle vicieux s’est crée… (voir la video).

QUE DEMANDE LE NOUVEAU GOUVERNEMENT GREC?

Le programme de Syriza a deux faces.

– Côté externe, Athènes ne demande plus l’abandon de ses créances, mais leur remplacement par des obligations perpétuelles ou indexées sur la croissance et ne veut plus entendre parler de la Troïka.

– Côté intérieur, il veut rompre avec les politiques d’austérité menées depuis cinq ans.
Son programme économique mêle réformes de l’Etat, plus grande progressivité de l’impôt et des mesures humanitaires d’urgence  (l’électricité gratuite pour les foyers pauvres, la distribution de coupons alimentaires, gratuité des soins pour les chômeurs). Il veut ainsi relancer l’économie.

La réponse de la BCE ne s’est pas fait attendre:

– Elle a décidé de ne plus accepter, de la part des banques grecques, d’obligations de l’Etat grec en échange de liquidités. Donc plus d’accès à la planche à euros!
La seule solution pour les banques reste le programme d’accès à la liquidité d’urgence (ELA) auprès de la Banque Centrale grecque (à un taux d’intérêt supérieur à celui de a BCE) qui devient de ce fait la seule responsable de l’alimentation en liquidités alors que les épargnants multiplient les retraits aux guichets des banques…yanis-varouflakis
– Les caisses de l’Etat étant vides, le nouveau ministre des Finances, Yánis Varoufákis, a demandé à la BCE de l’autoriser à relever le plafond de ses émissions de dette à très court terme, de 15 à 25 milliards d’euros. La BCE a refusé.
La BCE veut faire comprendre aux Grecs que, sans son programme, il n’y aurait plus de financement .

Hier, à l’occasion de son discours de politique générale le Premier ministre grec

a redit sa volonté d’en finir avec l’austérité qui a conduit le pays dans l’impasse et de négocier un allégement de la dette. Puis il a d’énuméré les mesures qui risquent de sonner comme une nouvelle provocation : « Plusieurs milliers de foyers bénéficieront de dons de nourriture et d’une gratuité de l’électricité, a-t-il déclaré, tandis que les fonctionnaires licenciés illégalement seront à nouveau engagés dans l’administration. » Il a aussi annoncé « le rétablissement graduel, d’ici à 2016, du salaire minimum de 580 à 750 euros ».

LA GUERRE EST DÉCLARÉE …….

QUE FAIT DONC LA BCE ? (1)

Capture d’écran-EUROLa BCE, Banque Centrale Européenne vient de lancer une nouvelle politique monétaire: un « QE » (prononcez qieu hi). QE signifie « quantitative easing » qu’on pourrait traduire par « assouplissement  quantitatif »…..
C’est beaucoup plus poétique que l’ancien « planche à billets« , mais cela signifie exactement la même chose: CRÉATION MONÉTAIRE« ,  et pas qu’un peu…1140 millards d’euros (!!!!!)…dans un premier temps!

1. QUEST CE QU’UN « QE » EXACTEMENT?

Cest un outil de politique économique dit « non conventionnel » qui consiste pour l’institution à injecter massivement des liquidités dans les économies en achetant de grandes quantités de titres.

  • Combien ? Le programme va porter sur 60 milliards par mois jusqu’en septembre 2016, soit une enveloppe globale de 1.140 milliards d’euros au poins car ce QE va continuer jusqu’à ce que l’inflation s’approche de 2%.
  • Quoi ? Essentiellement de la dette souveraine ( dette des Etats) de la zone euro sur le marché secondaire. (c’est à dire pas directement aux Etats)
  • Comment? : En tout, 20% du risque seulement sera supporté par la BCE elle-même, les 80% restant étant partagés par les banques centrales des pays de la zone euro. Chaque banque centrale nationale achètera des titres de son pays et en supportera les risques. Ceci limitera le degré de solidarité comme l’exigeaient les allemands qui ne veulent pas payer pour les autres…

2. POURQUOI  un QE ? 

Pourquoi si tard?
Les craintes allemandes: Le rachat d’obligations d’Etat serait, pensent-ils, une façon de soutenir les mauvais élèves de la zone euro en ne les incitant pas à continuer les  programmes d’austérité et de réformes structurelles. De plus, les Allemands ne redoutent rien tant que l’inflation et une monnaie faible (qui est le but du QE). Ils sont donc plus que réticents!

3. POUR QUELS OBJECTIFS

  • Relancer l’inflation: La BCE met en avant son mandat pour stabiliser l’inflation autour de 2 %.
  • relancer la croissance Le but du QE est évidemment de relancer l’économie européenne. comment?
    • En faisant Baisser de l’euro: En mettant beaucoup de liquidités sur le marché, la valeur de la devise se dévalue. Cela doit permettre d’augmenter la compétitivité de l’industrie européenne en aidant les exportations dont les prix vont baisser.
    • En inondant les banques de liquidités pour qu’elles se décident à augmenter leur offre de crédits à la consommation et à l’investissement (politique de relance).
    • Enfaisant baisser les taux d’intérêt pour augmenter la demande de crédit de la part des ménages (crédit à la consommation) et des entreprises (emprunt pour l’investissement)
    • => Tout ceci devrait augmenter la demande globale et donc la production…donc le PIB c’est à dire la croissance!

Dans un prochain billet nous verrons quelles sont les probabilités de réussite….